François-Xavier Ajavon
Chirac, un fan de Houellebecq ??
Mon Apr 15, 2002 00:13
212.198.0.96

Salut,

Le président Jacques Chirac serait-il un fan de Michel Houellebecq ?
Un récent article publié dans le Figaro le 9 avril 2002 affirme :

"On raconte qu'il ( Chirac ) a recommandé à ses collaborateurs de se procurer le roman de Michel Houellebecq, Plateforme (Flammarion)."

L'article est visible à cette URL : http://www.lefigaro.fr/politique/20020409.FIG0177.html

En voici le texte intégral :

Les nouveaux intellectuels du camp chiraquien


Sébastien Le Fol
[09 avril 2002]

C'était il y a un siècle. C'est-à-dire sept ans. Une poignée d'intellectuels de gauche, déçus du mitterrandisme, recevaient dans leur club, baptisé «Phares et Balises», le candidat Jacques Chirac. Dans l'assistance, plutôt bien disposée, on croisait Emmanuel Todd, l'inventeur de la «fracture sociale», Régis Debray, Pierre-André Taguieff et Max Gallo. Dans le rôle de l'entremetteur, l'écrivain Denis Tillinac. L'ébauche d'un flirt entre l'intelligentsia et celui qu'elle considéra longtemps comme un «butor inculte»? En 1997, Chirac annonçait une politique de rigueur pour ne pas manquer le rendez-vous de l'euro. Entre le président de la République et les têtes pensantes de Phares et Balises, le divorce était consommé.

Depuis, la plupart d'entre eux ont rallié Jean-Pierre Chevènement. Des participants au raout de 1995, seul Denis Tillinac continue à entretenir la flamme chiraquienne. A ses côtés, les rangs sont plutôt clairsemés. Est-ce à dire que les ponts entre le président de la République et les intellectuels sont définitivement rompus?

«En 1995, explique Tillinac, auteur d'un Chirac le gaulois (1), l'objectif était de légitimer Chirac auprès des intellectuels. Devenu président, il n'a plus ce problème. Sa fonction le conduit à les consulter régulièrement.»

Au cours de son septennat, Jacques Chirac a en effet multiplié les rencontres avec les intellectuels. Sur la situation dans l'ex-Yougoslavie, il a ainsi consulté Bernard-Henri Lévy, Jacques Julliard, André Glucksmann, Jean d'Ormesson, Alain-Gérard Slama, Jean-François Colosimo, Pascal Bruckner et Guy Sorman. Au lendemain du 11 septembre, il s'est entretenu avec Jean-Claude Casanova, Luc Ferry, et Amin Maalouf. Avec Marc Fumaroli, il a évoqué l'état culturel. Avec Antoine Gallimard et Serge Eyrolles, les problèmes d'édition. Et, avec René Rémond, le fait religieux.

A ses rendez-vous officiels se sont ajoutés des tête-à-tête dominicaux, qui n'étaient pas inscrits dans son agenda. «Chirac aime la joute intellectuelle, confie un proche. Ces discussions alimentent ses discours. Ainsi, avant de se prononcer sur l'arrêt Perruche, il a longuement discuté avec Alain Finkielkraut, dont les positions sur le clonage et la perte de la filiation l'ont beaucoup inspiré.»

Des lectures abondantes ont nourri le projet Chirac pour 2002. Outre L'Ingratitude, de Finkielkraut, le président candidat fait son miel des analyses du sociologue Michel Maffesoli, l'auteur du Temps des tribus, sur le problème du communautarisme. Soucieux d'une approche réfléchie des questions de sécurité, il s'est plongé avec intérêt dans l'essai de Maryse Vaillant, La Réparation: de la délinquance à la découverte de la responsabilité (Gallimard), préfacé par Boris Cyrulnik. On raconte qu'il a recommandé à ses collaborateurs de se procurer le roman de Michel Houellebecq, Plateforme (Flammarion).

«Chirac fait cavalier seul sur le terrain des idées. Il a ses propres réseaux», explique Jean de Boishue, le directeur de la revue Une certaine idée, l'un de ses relais dans le milieu intellectuel (Jean-Jacques Aillagon se chargeant des acteurs de la culture). D'où parfois des sorties pour le moins inattendues. Comme l'hommage qu'il a rendu, en juin dernier à l'hôtel Lutetia, à l'éditeur Jérôme Lindon, le patron des Éditions de Minuit. Ce qui lui a attiré la reconnaissance du chef de file du nouveau roman, Alain Robbe-Grillet, qui déclarait au Figaro littéraire, le 10 octobre 2001: «J'ai une certaine sympathie pour Chirac. C'est un homme direct, chaleureux». Mais celui-ci ajoutait: «Probablement pas un grand politicien».

Jacques Chirac reste aussi un passionné d'anthropologie fondamentale. Beaucoup d'observateurs ont cru déceler l'influence de Claude Lévi-Strauss dans le discours qu'il a prononcé à l'ouverture de la 31e conférence générale de l'Unesco, le 15 octobre dernier.

Un discours de référence pour ses soutiens intellectuels. «Le 11 septembre a démontré que la mondialisation pouvait être une faillite économique, militaire, mais aussi, et d'abord, une faillite dans les consciences. Cela, Jacques Chirac l'a compris en défendant le dialogue des cultures contre le «choc des civilisations», explique l'écrivain et éditeur Jean-François Colosimo.

Chirac, nouveau héraut des anti-mondialistes? «Les intellectuels se sentent orphelins, estime Jean de Boishue. Leur obsession est ce nouveau totalitarisme, qui se manifeste par l'écrasement du culturel par l'économique. Ce n'est pas Chirac qu'ils craignent, mais Messier».

S'ils ne le craignent pas, ils ne débordent pas d'enthousiasme à son égard. Cela ne semble nullement inquiéter Jean de Boishue: «Je crois plus aux ralliements du second tour qu'à ceux du premier, dit-il. Je doute fort que les intellectuels qui soutiennent Chevènement se reportent sur Jospin. En prenant un virage social-démocrate, Jospin s'est mis à dos une partie des intellectuels de gauche, qui lui reprochent d'être passif devant la mondialisation».

Autre handicap du parti socialiste, selon Jean-François Colosimo: «La gauche, qui a toujours été doctrinaire, n'a plus de doctrine. Elle n'a plus qu'un «programme» à destination des élites, indifférent aux revendications d'un tiers État culturel qui se sent toujours plus exclus». C'est dommage pour elle parce que, dans ce domaine aussi, elle n'a plus de monopole. Très réceptif aux essayistes qui s'inquiètent de l'acculturation galopante (2), l'entourage élyséen sait qu'une élection ne se gagne pas seulement sur de bons taux de croissance. Et que le duel annoncé avec Lionel Jospin sera aussi, par-delà les platitudes d'une campagne morose, celui de deux conceptions de la culture et du monde.

(1) Aux éditions de La Table ronde.
(2) Joseph Macé-Scaron, Pour ou contre Jacques Chirac (en collaboration avec
François Taillandier, chez Bayard), et La Tentation communautaire (Plon).




Bien cordialement,

François-Xavier Ajavon.
http://ninthwave.free.fr/homepage/articles.htm

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